Jeu visuel avant tout, partie de cache-cache entre obscurité et lumière, ce théâtre de rue prend place en extérieur, à la tombée de la nuit, à l’abri du vent et du bruit…

Légèreté de l’équipement, scène minimaliste, facilité de déplacement et simplicité de la mise en scène pour la représentation, autant d’attraits qui lui donnent aujourd’hui une place de choix dans les arts de la rue.

À l’ère des effets spéciaux, la simplicité du théâtre d’ombres séduit par son authenticité et son ingéniosité. De nombreux cinéastes y ont puisé une réflexion essentielle à leur art, relative à l’éclairage et aux trucages. La technique du théâtre d’ombres est en apparence simple : le montreur tend un rideau face au public, se place derrière et à l’aide de bâtons, applique des figurines transparentes dont le spectateur voit se profiler les ombres parfois colorées. On peut distinguer celles qui jouent directement à la vue du public et celles dont l’ombre, projetée par une source lumineuse, se découpe sur un écran (silhouettes découpées ou personnages formés par l’ombre de la main et des doigts dans l’ombre à la main). Vers 1860, le cabaret “Le Chat Noir” à Montmartre proposait des spectacles de théâtre d’ombres en couleur : les maîtres marionnettistes eurent l’idée de superposer trois plans d’ombres et de nombreux filtres de verres de couleur, donnant ainsi aux ombres une palette chromatique infinie.

En Asie, le théâtre d’ombres est un art à part entière : les personnages sont polychromes et taillés dans un cuir fin et translucide qui restitue les couleurs à travers l’écran. En Europe, les personnages sont confectionnés en carton ou en bois, parfois en zinc, et très souvent avec des mécanismes d’articulation.

Comme le théâtre de marionnettes, le théâtre d’ombres a des origines très anciennes. Nées en Chine, les ombres chinoises furent célèbres jusqu’au XIXe siècle. Rapidement devenu une forme particulièrement séduisante de spectacle populaire, il met en scène aussi bien de grands poèmes épiques que des satires politiques ou grivoises. De nos jours, cette tradition du théâtre d’ombre est encore dynamique dans de nombreux pays d’Asie, en Grèce et en Turquie. En vogue jusqu’à l’apparition du cinéma, il a su résister aux époques…